| PLÉCHAGE DES HAIES - LES ENTRÉES
DE CHAMPS
Contexte général
Le canton de Quarré les Tombes est bocager pour
un peu plus de la moitié et forestier pour le reste.
Les haies constituent un élément nécessaire
au biotope. Elles ne sont pas encore trop menacées
sur le canton.
Cependant, avec la réduction du nombre
d’agriculteurs et la concentration conséquente
des terres à travers les remembrements, le regroupement
des fermages, etc…on commence à percevoir
ici ou là la disparition de haies, surtout lorsque
l’agriculteur reconvertit ses activités de
l’élevage en céréales.
L’entretien des haies, surtout au bord des chemins,
est toujours un problème crucial pour les maires.
L’entretien traditionnel manuel (dont la pratique
ancestrale du pléchage) a cédé la
place au girobroyeur. De même, les entrées
de champs constituées de barrières en bois
adossées à une ou deux pierres de granit
ont été remplacées par des barrières
en tube galvanisé ou des systèmes de « fermetures éclair » (du
fil de fer barbelé cloué sur quelques poteaux).
Notre bocage a perdu son attrait esthétique. Les
La haie présente donc un intérêt écologique
et économique, mais elle est également un élément
de notre patrimoine. Plus particulièrement, la haie
plessée – la pléchie – et les
entrées de champs traditionnelles sont des indicateurs
de la qualité de notre paysage. Elles redonnent
du sens à notre bocage en l’embellissant.
Elles témoignent d’un savoir faire ancestral.
C’est pourquoi Mémoires Vivantes s’est
engagée dans un programme de réhabilitation
de ce patrimoine et de transmission du savoir faire entre
générations.
Les partenaires et les promoteurs du projet
Mémoires Vivantes a saisi l’opportunité du
plan Bocage du Conseil Régional pour développer
un programme de réhabilitation du bocage (pléchage
et entrées de champs) et a déposé un
projet qui a été validé par l’assemblée
territoriale, laquelle a accordé une subvention
de 4.000 euros pour financer les frais de communication.
De même, le projet de Mémoires Vivantes est
cohérent avec les orientations du Parc Régional
Naturel du Morvan et est donc proposé à cet
effet aux cofinancements dans le cadre du programme européen
Leader + (partenaires sollicités : DRAC, Conseil
Régional, Conseil Général, Communes,
Feoga).
Mémoires Vivantes, membre du conseil de développement
du pays avallonnais, regrette que le pays avallonnais ne
se soit pas impliqué dans ce projet. Les deux commissions
du conseil de développement sollicitées pour
ce projet (tourisme et culture) n’ont pas instruit
le dossier qui leur a été remis en Novembre
2004.
Les communes du canton – sauf Quarré les
Tombes – soutiennent l’action de Mémoires
Vivantes par le versement de subventions annuelles.
L’association participe bénévolement à la
mise en œuvre de ce projet.
Le volet culturel et technique
La terminologie.
Le pian.
L’usage du terme a été détourné pour
désigner une haie. C’est en fait le nom vulgaire
du cornouiller des bois. Le mot est une corruption de pliant
ou de puant. Selon le glossaire d’Eugène de
Chambure (1878), plusieurs patois désignent le cornouiller
sous le nom de « bois-piant » ou « puant ».
La savée est la haie qui va se prêter au plessage.
La bouchure ou boucheure.
C’est la haie vive formant un enclos. Mais la boucheure
désigne également les branchages, épines,
etc… dont on se sert pour clore, et donc boucher,
les entrées, les ouvertures des champs, les trous
(qu’on appelait les musses dans certaines contrées).
Selon la société des sciences historiques
et naturelles de l’Yonne (n° 135) – 2003),
certains baux notariés de la fin du 18ème
siècle et du début du 19ème, à Treigny
en Puisaye, précisent les obligations des preneurs
qui doivent « boucher partout où besoin sera,
avec des épines et tontures de haye sans couper
aucun arbre par le pied ni élaguer aucun chêne
ni rien couper dans les bois sinon les épines qu’ils
sortiront à bras… ». On peut lire également
: « Les preneurs sont contraints d’entretenir
de bouchures toutes les haies qui ont coutume d’être
bouchées en plaissant, essertant les haies et émondant
les charmes sans pouvoir couper aucun arbre par le pied
ni élaguer aucun chêne ».
On distinguait alors 4 ou 5 types de haies : celles comportant
des étrognes, les plaisses (ici les plesses ou pléchies),
le bois sur pied, les haies d’épines.
Les étrognes
Le terme vient du mot étronconner. Ce sont des arbres
coupés à mi hauteur et repartis avec plusieurs
rejets, tandis que la souche du charme coupés à blanc
et qui est repartie avec des rejets est appelée
une tasse. Les arbres têtards sont des arbres isolés
restant au milieu de la pléchie et qui n’ont
donc pas été pléchés.
Les pléchies
Ce sont assurément les haies les plus anciennes
et on peut parfois en retrouver la trace, comme sur le
Mont Beuvray, avec des arbres séculaires semblant
torturés et taillés à la main de l’homme.
La définition exacte de la plessée pourrait être
celle-ci : « Portion de bois ou forêt fermée
par une clôture de bois vif dont les branches d’entrelaçaient ».
Les playons et les pléchons
Du terme plesse est naturellement issu le pléchâ qui
est une tige ou une branche d’arbre qui a été couchée
vive pour la clôture. Le pleïon, pleyon, mais
plutôt playon en Morvan, est la petite perche en
général flexible dont on se sert entre autres
usages pour conduire le bétail aux champs. Plus
simplement, c’est le bâton ou le gourdin. Le
playon est aussi le pléchâ, alors que le pléchon
sert à fabriquer les barrières en bois.
La rouette
On ne peut évoquer la pléchie sans parler
de la rouette, qui est un lien végétal en
chêne ou en saule de préférence, en
noisetier, en bouleau ou en osier.
Le défrouillage
C’est le nettoiement préalable de la haie.
On enlève tous les brins chétifs, les ronces,
etc… et tous les playons morts.
Les outils
Le croissant : appelé aussi le voulant, le goujart
ou le jart.
La serpe : ou sarpe en patois, aussi appelée la
gouée.
La cognée : ou couégnée ou couégnie
en patois.
Le nécessaire à aiguiser : la meule (qui
doit tourner à sec) ou la pierre à aiguiser,
appelée en patois l’aigujoué que l’on
porte à la ceinture.
Le savoir faire.
Le terme plesser (plécher) signifie, en dérivant
de plier (ployer, fléchir, courber), coucher des
tiges, des branches d’arbre au moyen de la serpe
ou de la cognée pour former des clôtures.
Les ouvertures sont ainsi fermées au fur et à mesure
que le temps détruit le bois mort.
Si l’intervalle est trop espacé à cause
d’un manque de végétation, on plante
un pieu en substitution qui permettra d’entrelacer
les playons.
Si la densité de la haie est trop importante, on élimine
les bois les moins longs à la cognée. Les
bois restants – les playons – seront légèrement
entaillés en sifflet pour permettre de les courber
et les entrelacer entre les pieux. Ils doivent toujours être
alimentés en sève. La hauteur de la pléchie
est d’environ 1,20 m. On introduit des playons morts
dans les trous pour conserver une homogénéité de
la haie.
Les playons sont attachés ensemble avec des rouettes,
généralement préparées d’avance.
On doit avoir le tour de main pour faire la rouette (parfois
rouote), qui se fabrique en maintenant au sol la brindille
avec son pied et en la tortillant jusqu’à faire à l’autre
extrémité une sorte de nœud coulant
qui permettra de nouer ensemble les playons. La rouette
va permettre aux rejets de se marier ensemble.
Si la haie a été préalablement préparée
(défrouillée), sur un bon rythme, on peut
plécher environ 80 mètres dans la journée.
Les bois en surplus sont débités en bois
de chauffage. Les rames sont regroupées en fagots
qui peuvent être également liassés
avec des rouettes.
La pléchie devra être entretenue, sur un
rythme de 5 à 9 ans. Un élagage est nécessaire
car l’étrogne va donner jusqu’à une
cinquantaine de rejets, lesquels vont généralement
servir à fabriquer les fagots. Jadis, ils servaient
surtout à alimenter les fours à pain.
Les barrières traditionnelles sont fabriquées
avec du bois d’acacia (voir deux styles différents
en photo).
La mise en œuvre du projet.
L’association Mémoires Vivantes, dans le
cadre de l’inventaire du patrimoine cantonal, engagé au
niveau de chaque commune par un groupe local, recense les
entrées de champ traditionnelles afin de sensibiliser
les propriétaires à leur réhabilitation
et leur restauration. Ne subsistent pour l’instant
que les pierres de granit. Mémoires Vivantes a déjà recruté plusieurs
bénévoles anciens dépositaires du
savoir faire pour fabriquer les barrières en bois.
L’association a également organisé un
premier week-end, les 2 et 3 avril 2005, consacré à la
transmission du savoir faire. Deux chantiers ont été ouverts
:
le premier, à Saint Brancher, sur l’itinéraire
de la D 33 (Cussy les Forges - Quarré les Tombes)
: réalisation d’une haie plessée de
60 mètres et pose de deux entrées de champ
traditionnelles.
le second, à Saint Germain des Champs (sortie du
village, route de Vézelay) : réalisation
d’une haie plessée de 40 mètres qui
sera vraisemblablement prolongée par la restauration
d’un ancien lavoir.
L’organisation de ces deux chantiers (environ 150
visiteurs sur les deux jours) a permis de prendre la dimension
intergénérationnelle de la transmission du
savoir faire (75 ans pour le plus âgé – 25
ans pour le plus jeune)
Cette manifestation a fait l’objet de deux articles
de presse. En outre, un tract quatre pages en quadrichromie
consacré à cette opération sera diffusé dans
toutes les boîtes aux lettres du canton.
Un moment convivial a entouré cette opération
: repas de saint cochon le samedi soir offert aux bénévoles
et repas de la couérée (abats du cochon)
le dimanche midi.
Cette opération se renouvellera jusqu’à concurrence
de 500 mètres de pléchies réalisées
dans un délai de 4 ans. L’objectif de l’association
est de réaliser au moins un chantier par commune
du canton.
Les chantiers ouverts doivent être situés
sur l’itinéraire d’axes routiers structurants
(les routes départementales en priorité)
afin de pouvoir en assurer la promotion et la valorisation.
Une signalétique « Sentiers de la mémoire
et du patrimoine - Haie plessée – Entrée
de champ» avec mention des partenaires, sera apposée à proximité de
chaque sentier.
L’association recense déjà pour l’année
prochaine les sites de chantiers possibles

Haie plessée
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