| FOUR À CHAUX DE VILLIERS NONAINS
 Le contexte historique
Voici une des rares photographies du four à chaux
de Villiers Nonains – le « forniot » comme
on l’appelait - prise au début du siècle
dernier. Il est aujourd’hui en ruines, caché sous
les broussailles, près du réservoir d’alimentation
en eau à l’entrée du village, au lieu-dit
les Buées.
Un second four à chaux existait à l’autre
entrée de Villiers Nonains, sur la propriété Chartraire
: il n’en reste plus qu’un tumulus de terre
parfaitement visible depuis la route, à quelques
mètres de la croix.
Ces fours étaient les seuls existant sur le canton
pour satisfaire les besoins des paysans. Le Morvan étant
granitique, il fallait aller chercher la pierre calcaire
en Terre Plaine. Le hameau de Villiers Nonains était
le plus proche pour réduire au mieux le trajet du
charroi de la pierre.
Ce four a été construit aux environs de
la moitié du 19 ème siècle. Les activités
du four à chaux prirent fin à la dernière
guerre.
Le savoir faire
La fabrication de la chaux procède d’un savoir
faire ancestral. On en avait 5 usages différents
: l’amendement des terres, nécessaire en Morvan,
la maçonnerie, le remplacement de la peinture, la
désinfection des bâtiments, l’ensevelissement
des cadavres d’animaux. Les femmes l’utilisaient également
pour se coiffer en humidifiant la chaux introduite dans
les bigoudis. Certains paysans s’en servaient également
pour faire sécher les jambons, recouverts de chaux
dans un fût après avoir été salés.
En se calcinant, la pierre calcaire se transforme en chaux
vive en perdant son gaz carbonique. La poudre obtenue est
de la chaux éteinte.
La pierre calcaire était tirée d’une
carrière de Maison Dieu, puis acheminée sur
place par des chars à bœufs. Plusieurs « mairichaux » placés
sur le trajet (les derniers étant Paul Rivoux et
Richard Convert à Villiers Nonains) étaient
bien occupés car les fers s’usaient rapidement
sur la route empierrée. Un syndicat d’exploitation
du four à chaux s’était constitué et
le dernier Président connu était Alphonse
Petit.
On accédait au four par une rampe encore existante,
avec une grosse brouette visible sur la photo en haut à gauche.
Le puits circulaire dans lequel on déversait les
pierres, était façonné avec des briques
réfractaires. Il était entouré d’un
mur de pierres de granit, élevé en forme
de tour carrée. L’interstice était
comblé avec de l’argile pour conserver la
chaleur.
La température requise devait atteindre 1000° et
le puits était construit en conséquence :
il était plus élargi à sa mi-hauteur.
Au début, on alimentait le feu par le « gueulard » avec
des fagots appelés des « bourrées » ou
du buis qui avait un très gros pouvoir calorifique.
Plus tard, on utilisa du coke (de qualité « Chatilles
maigres » à 25 %), importé de Blanzy
jusqu’à la gare de Maison Dieu et transporté sur
place par les salariés de la coopérative.
Le coke était alors disposé en couches alternées
avec les pierres calcaires et séparées par
des barres de fer que l’on récupérait à la
base du puits, lors de la récupération de
la chaux. Le puits était obturé hermétiquement
avec des pierres qui reposaient sur une saillie.
La cuisson durait 3 jours et 3 nuits (deux cycles de fournées
par an, au printemps, à l’automne). A la fin
de la cuisson, on cassait l’obturation du puits,
on retirait les pierres calcinées et on versait
de l’eau dessus avec un grand seau (que l’on
aperçoit sur la photo). Cette opération s’appelait « l’épotage »,
qui désagrégeait les pierres tout en dégageant
une très grande chaleur. On secouait la trémie
avec de grands crochets en fer.
La chaux était récupérée en
galets dans le gueulard, à la base du puits, puis
chargée sur les chariots et livrée dans les
fermes, en « tiaulant » les bœufs.
Le chaufournier avait son logement sur place car il devait
surveiller la cuisson en permanence. Il tenait également
un livre de comptes. Pour tout mobilier, il disposait d’un
lit-cage, d’un meuble secrétaire (conservé par
la fille du dernier chaufournier), et d’un réchaud
pour les plats cuisinés par son épouse.
Le projet de Mémoires Vivantes
Mémoires Vivantes a décidé de reconstruire
ce four à chaux, à l’identique, d’après
la carte postale, d’après le souvenir des
anciens, et également de la documentation technique
disponible.
Cette reconstruction peut être envisagée
dans un délai de 3 ou 4 ans ou même avant
si le dossier peut être instruit : rachat de la parcelle
actuellement en friche à la propriétaire,
financement du projet.
Mémoires Vivantes pourra participer pour une part
en autofinancement (crédits propres et bénévolat).
Il sera fait appel à des partenaires dans le cadre
du projet global « Sentiers de la mémoire
et du patrimoine ». Le projet est situé en
tête de réseau sur la D 33, route dite pénétrante
du Morvan, et sera donc particulièrement attractif
par sa spécificité. La D 33, sur un itinéraire
d’1 km sera ainsi un véritable chapelet de
la mémoire et du patrimoine (le four à chaux,
puis la haie plessée avec ses deux entrées
de champ, le charbonnage du bois..). Il sera également
un élément structurant de la Maison de la
mémoire et des savoirs faire.
Un pôle pédagogique (panneaux d’exposition)
sera installé aux abords.
Le four à chaux sera l’occasion d’un évènementiel
annuel dans le cadre de l’animation estivale, comme
pour le charbonnage (reconstitution d’une ou deux
cuissons en costumes d’époque)
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