| LE CHARBONNAGE DU BOIS
Contexte général
Le charbonnage du bois fait partie, comme le pléchage,
d’un savoir faire ancestral. Sur notre canton, ce
savoir faire a pratiquement disparu à la guerre
ou peu après, le charbon étant encore nécessaire
pour faire fonctionner les camions gazogènes.
S’il est illusoire de prétendre retransmettre
ce savoir faire à des fins économiques (encore
que dans certaines régions, des petites unités économiques
reprennent du service pour les barbecues), il est intéressant
d’aborder ce projet sous l’angle du patrimoine.
Il est donc proposé dans un premier temps, dans
le cadre du projet global de Mémoires Vivantes « Les
sentiers de la mémoire et du patrimoine » de
reconstituer un site consacré à ce savoir
faire. Pour cela, il est fait appel, d’une part aux
sources documentaires, d’autre part au souvenir des
anciens.
Mais préalablement, Mémoires Vivantes doit
s’interroger sur l’opportunité de redéfinir
le projet de «Maison de la Mémoire et des
savoirs faire » qu’elle a fait inscrire au
contrat de pays, en prenant en compte plusieurs paramètres
:
• l’intercommunalité, structure juridique
nécessaire
pour porter un projet aussi ambitieux, n’est pas
actuellement en capacité d’en assurer la maîtrise
d’ouvrage.
• le contrat de pays va prochainement arriver à échéance
et nous risquons de perdre le bénéfice des
crédits du contrat de plan.
• Le canton de Quarré les Tombes n’est pas
homogène puisqu’une commune – Saint
Brancher - n’est toujours pas dans le Parc du Morvan,
ce qui pose un problème certain pour les financements
transitant par le Parc, cette Maison de la Mémoires
et des savoirs faire étant prévue intégrer
l’écomusée du Morvan et ses maisons
thématiques.
• L’office du tourisme de Quarré les Tombes – autrement
dit « la maison du Grand Puits » - tombant à l’eau,
c’est le cas de le dire, pour un certain temps, il
y là un espace à saisir pour repositionner
notre projet de « Maison de la mémoire et
des savoirs faire », d’autant plus que dans
notre projet initial, nous proposions d’y installer à la
fois le siège de notre association et l’office
de tourisme.
Dès lors, à partir de notre expérience
déjà acquise et des perspectives d’organisation
de notre projet « Sentiers du patrimoine et de la
mémoire », la « Maison de la mémoire
et des savoirs faire » ne pourrait être qu’un
lieu d’accueil et administratif, puisque la mémoire
et les savoirs faire seront répartis sur l’ensemble
du territoire cantonal.
La configuration et le choix du site
La route départementale 33, l’axe routier
le plus fréquenté par les touristes, doit être
regardée comme l’axe structurant de notre
projet. Cet itinéraire permet d’orienter ensuite
les touristes, à partir de carrefours ciblés,
sur des diverticules irriguant les communes du canton pour
la valorisation du patrimoine local communal (les lieux
de mémoire et de savoirs faire). C’est l’axe à aménager
prioritairement, en tenant compte encore une fois des difficultés
liées au fait qu’une partie de cet axe n’est
pas dans le Parc. Le programme européen Leader +,
en couvrant le pays avallonnais, permet de contourner cet
obstacle mais Leader s’achemine vers son terme.
Nous avons déjà posé sur cet axe
le premier maillon de notre projet « Sentier de la
mémoire et du patrimoine » avec le chantier « pléchie
et entrée de champ ». Nous avons déjà pris
la décision en conseil d’administration de
reconstruire le four à chaux , également
site de mémoire et de savoir faire. Nous pouvons être
en capacité de réaliser, avant le four à chaux,
un site consacré au charbonnage du bois. Ce site
pourrait être implanté au bord de la D 33,
au lieu-dit « les Fouérées ».
Dans le prolongement, nous pourrions également procéder à la
reconstitution de l’ancienne cabane de cantonnier « du
Bossu » qui se trouvait à l’intersection
des deux routes départementales.
Si la « Maison de la mémoire et des savoirs
faire » pouvait s’installer en tête de
réseau, c'est-à-dire à Villiers Nonains,
où des opportunités pourraient s’ouvrir
avec un peu de bonne volonté, ce serait parfait.
S’agissant du projet « Charbonnage du bois »,
dans l’immédiat, nous pouvons nous limiter à :
• l’installation de deux meules (une pour l’exposition
permanente, une pour l’animation estivale, ceci dans
l’objectif de mettre en place une saison culturelle
et touristique consacrée à la mémoire
et les savoirs faire, avec la participation des guides
de pays).
• l’installation de la cabane du charbonnier
• l’aire à fagots.
• un pôle pédagogique (panneaux).
Nous pouvons y ajouter également la taille de l’écorce
pour le tannage des cuirs qui se faisait jadis dans le
canton et dont nous venons de recevoir le témoignage
de mémoire.
Nous devons prévoir l’évolution de
ce site vers une maison thématique consacrée à la
forêt : les métiers de la forêt, exposition
des outils, essences, faune, etc.. Mais cette évolution
ferait nécessairement appel à des investissements
plus importants (travaux de viabilité), dès
lors que ce site intégrerait par sa thématique
l’écomusée du Morvan.
Les partenaires et les promoteurs du projet
Mémoires Vivantes pourrait s’engager sur
la base du bénévolat comme nous l’avons
fait pour les pléchies sur :
• la réalisation des meules et de la cabane du charbonnier,
• la démonstration qui pourrait être un temps
fort de convivialité.
L’investissement financier n’est pas exhorbitant,
sauf si nous faisons évoluer le site vers une maison
thématique consacrée à la forêt
(viabilisation nécessaire). Nous devrons avoir comme
partenaires privilégiés : le Parc Régional,
le Centre Régional de la Proprièté forestière,
le propriétaire lui-même (la caisse de retraite
des vétérinaires) sans qui nous ne pourrions
rien faire (emprise privée, d’où nécessité d’une
convention).
Le volet culturel et technique
Le métier de charbonnier
Autrefois, les charbonniers, appelés faudeux dans
certaines régions, étaient réunis
au sein d’une confrérie, la Charbonnerie,
très liée à la franc maçonnerie.
Les rituels des charbonniers et des francs maçons
sont apparentés : Feu, Grand Feu et Feu Parfait
rythment les banquets maçonniques : ce sont exactement
les trois phases de carbonisation des meules de charbonniers.
De même, la hutte du charbonnier était appelée
la loge !
La fameuse visite de François 1er à un charbonnier,
alors qu’il s’était perdu en forêt
de Fontainebleau, a donné lieu à l’expression
: « Charbonnier est maître chez soi ! ».
Le charbonnier a connu une grande prospérité grâce
au gazogène, aux ferblantiers, aux maréchaux,
aux pharmaciens qui utilisent les propriétés
filtrantes et chimiques du charbon de bois.
Il est habillé de vieux vêtements, coiffé d’un
chapeau déformé par le temps et chaussé de
sabots. Bien entendu, son visage est noirci par la poussière
du charbon.
La hutte du charbonnier
Elle est faite de branches, de branchages, de mousses,
de fougère et est couverte de gadoue. Son bâti
a évolué avec le temps : on l’a recouverte
de papier goudronné, de tôle. Elle devient
une baraque en planches à toiture de tôles
ondulées
Les outils.
La pioche et la pelle servent à aplanir l’aire
de travail. Un charbonnier faisait toujours ses meules
au même en droit d’une année sur l’autre.
Le râteau racleur composé d’une planche
fixée perpendiculairement au manche permet d’enlever
la terre.
La brouette, longue de 1,80 m, large de 0,75 m, permet
de transporter environ ¼ de stère de bûches
d’1 mètre, soit environ 100 kg. Les deux pieds
sont équipés de supports métalliques
pour les protéger contre l’usure due au freinage.
Elle est très robuste mais elle exige du rolleux
(celui qui transporte la charbonnette) beaucoup de force
et d’adresse. Le rolleux soutient son outil avec
une lanière de cuire attachée aux brancards
de la brouette. On peut en voir un spécimen chez
Jacky Walle à Auxon.
Le râteau à longues dents en bois permet
de peigner la meule après la cuisson, avant de tirer
le charbon.
Le crochet en fer permet de retirer le charbon de bois.
Le râteau en métal permet de l’étaler.
Le panier en osier – la respe - permet d’ensacher
le charbon.
L’échelle pour surveiller la meule.
Le seau en tôle pour verser la braise dans la cheminée.
La corbeille tressée en châtaignier ou en
noisetier, de forme oblique, pour transporter la terre.
L’aire à faude.
L’aire prévue pour la meule doit être
horizontale, circulaire et d’un diamètre de
4 à 6 mètres. Il ne faut jamais construire
une meule au soleil, pour éviter le risque de dessèchement
rapide de la couverture, ce qui favorise le risque de fuite
et d’incendie. Il faut creuser jusqu’à 20
cm et enlever la terre qui servira à recouvrir la
meule.
La meule.
La meule, appelée également fouée,
est réalisée avec des charbonnettes, exclusivement
des branches de chêne, de charme, d’acacia,
de châtaigner. Le bouleau et le sapin sont à éviter
en raison de leur faible rendement calorifique. On ne mélange
pas plusieurs essences dans une même meule.
Lorsque l’aire de travail est aplanie, le charbonnier étale
une couche de copeaux. Il plante un poteau en bois (15
cm de diamètre et 2,50 m de hauteur) appelé le
mât. Autour du mât, on édifie une cage
triangulaire en croisant des morceaux de bois bien droit
d’environ 50 cm. On peut également réaliser
cette cage en plantant trois poteaux reliés entre
eux par des liens en noisetiers.
Au pied du mât, on place un petit tas de bois bien
sec facile à allumer.
On bâtit alors la meule autour, en réservant
les bûches les plus fines et droites pour la finition,
et naturellement les plus grosses au centre. Elle est constituée
de plusieurs couches (généralement 3) de
bûches d’un même bois, dressées
presque debout. Pour un diamètre de 4m, il faut
25 stères de bois et 28 pour un diamètre
de 6 m. La troisième couche est très inclinée
et donne à la meule un aspect hémisphérique.
Une meule peut aller jusqu’à 15 mètres
de diamètre (27 à 30 tonnes de bois) pour
une durée de combustion de 5 à 8 jours !
Une meule de 2,70 m de haut nécessite 40 stères
de bois ! Une meule peut avoir jusqu’à 3 étages.
On prend soin d’installer une galerie conduisant
au centre de la meule, appelée évent servant
au tirage. La seconde couche se nomme l’éclisse.
On dispose une dernière couche de finition avec
les bûches réservées et on comble les
trous avec des morceaux de bois pour que la meule soit
bien hermétique. Le coffrage de la cheminée
peut alors être enlevé. On recouvre la meule
de terre (2 à 3 cm), d’herbe et de mousse,
pour empêcher toute prise d’air. Le haut de
la meule, qu’on appelle le couvercle, est chargé de
terre argileuse (terre à briques).
La fabrication du charbon de bois : la combustion ou calcination.
On allume les premières charbonnières en
septembre pour le bois coupé en juillet et août
et les dernières charbonnières généralement
pour la Saint-Jean.
La mise à feu se fait aux premières lueurs
de l’aube. Le charbonnier verse dans le trou quelques
pelletées de braise. La combustion peut alors commencer
et se mènera lentement. Au début de la combustion,
on assiste à la « suée », ou
sortie de l’humidité.
Lorsque la fumée s’élève, le
charbonnier colmate l’orifice de la cheminée
avec un capuchon en tôle qu’il recouvre de
terre (il existe des chapeaux spéciaux : il en reste
un chez Michel Gadon à Villiers Nonains).
Avec sa pelle à pic, il perce une dizaine de trous à la
base de la meule pour lui permettre de contrôler
la cuisson en l’activant ou en la ralentissant.
Si la meule cuit trop vite, elle donnera peu de charbon.
Pour que le feu soit bien réparti dans la meule,
il faut recharger la cheminée trois heures après
l’allumage, puis encore trois heures après,
et ensuite de six heures en six heures jusqu’à l’allumage
complet qui se caractérise par le dégagement
d’une fumée blanchâtre qui enveloppe
la meule entièrement.
Pendant la cuisson, la fumée doit être blanche.
Après une journée de cuisson, le charbonnier
monte sur sa meule avec son échelle pour la piétiner.
Il détecte ainsi les zones cuites, les zones restées
en bois et il tasse la couverture. Il déplace le
feu en ouvrant de nouveaux trous de pied et en bouchant
les autres. Avec une longue perche, il fait tomber les
tisons au fond et regarnit la cheminée avec la corbeille
de terre. Si une zone est en avance, elle risque de prendre
feu et de créer une cavité embrasée.
On appelle cette cavité une chapelle : elle présente
un danger pour le charbonnier imprudent qui, s’il
n’utilise pas son échelle, risque de tomber
dans le cratère incandescent.
Après deux jours de cuisson, le charbonnier forme
la tête du fourneau en dessinant un col autour de
la cheminée. Ceci oblige le charbon à s’affaisser
régulièrement et les restant du bois à prendre
la même inclinaison.
L’opération peut durer plusieurs jours et
nuits. Mais généralement au bout de deux
jours, la meule est cuite. La fumée est alors transparente
et elle indique que la combustion est terminée.
La forme de la meule se réduit. S’il subsiste
des bosses, c’est la preuve qu’une partie du
bois n’est pas cuite. Il faut alors percer des trous à la
base de la meule, du côté de l’anomalie.
L’extraction du charbon.
Avec son échelle et muni de son râteau à longues
dents, le charbonnier bat et peigne la surface de la meule
en commençant par le sommet. La terre comble les
moindres interstices et étouffe le feu. Il tire
le maximum de terre au pied et met la meule à nu.
La meule ne doit pas refroidir trop vite (un à deux
jours)
Il trie rapidement cette terre en enlevant les morceaux
de gazon restants puis de nouveau recouvre la meule de
façon uniforme. Il entame la meule par le nord pour
tirer un quartier.
L’ouverture du fourneau et la sortie du charbon
incandescent nécessitent environ 2 heures de travail.
Le charbon sorti est roulé dans la terre fine pour étouffer
les derniers points de combustion (avec de la terre ou
de l’eau). Il va tirer progressivement avec son crochet
tout le charbon qui doit sonner pour être de bonne
qualité. Le charbon doit être d’une
belle couleur bleu acier. Il l’étale avec
son râteau. Il doit veiller à ce que le feu
ne se rallume pas.
Quand le charbon est tiré et bien froid, on le
trie et on le met en sac (généralement en
jute grossière, contenant 50 kgs de charbon), appelé une
voie. Pour la mise en sac, on dresse trois piquets en croisettes
servant de potence. Le sac suspendu est maintenu ouvert
par un cercle de noisetier. Le remplissage s’effectue
par le panier en osier. Le sac est rempli jusqu’à la
gueule et terminé par deux couches de charbon longs
et croisés qui lui donnent une forme cylindrique
jusqu’au dessus.
Les arcias et piétons, appelés aussi fumeroles
(imbrûlés ou insuffisamment cuits) sont mis
de côté pour la mise à feu de la prochaine
meule. Les brases (parties trop cuites) sont rejetées.
Le rendement, pour une meule de 40 stères de bois
est de 4 tonnes de charbon.
Les fagots.
Le « menu-bois » ou « menuise » (les
ramures) était récupéré et
liassé en fagots appelés « margotins »,
du nom de l’île Margault à Clamecy (les
margotins étaient envoyés à Paris),
ou « cotrets » faits de bois plus gros et plus
longs que les margotins. On distinguait les cotrets de
bois taillé et les cotrets de bois rond.
La légende et la tradition.
A 23 h et à 3 heures du matin, le charbonnier se
méfie du loup qui vient rendre visite en faisant
un trou dans la meule pour la faire brûler. C’est
en effet à ces heures que l’oxygène
afflue et active la cuisson.
La tradition folklorique veut que les charbonniers, revêtus
de leur habit bleu de travail et du foulard rouge, soient
mis en scène en dansant la danse du balai autour
de la meule.
Pour en savoir plus.
Eco-Musée de Azannes-en-Meuse.
Encyclopédie Diderot (édition 1755).
Le charbon de bois, collection Flash Baque.
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