MEMOIRES VIVANTES DU CANTON DE QUARRE LES TOMBES
  LE CHARBONNAGE DU BOIS 
 
 
   

 
Memoires vivantes du canton de Quarre les Tombes

D A N S     L ' A C T U A L I T É
• Le rapport d'activités 2010 est en ligne.





C O M M U N E S   D U   C A N T O N
 

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LE CHARBONNAGE DU BOIS

Contexte général

Le charbonnage du bois fait partie, comme le pléchage, d’un savoir faire ancestral. Sur notre canton, ce savoir faire a pratiquement disparu à la guerre ou peu après, le charbon étant encore nécessaire pour faire fonctionner les camions gazogènes.

S’il est illusoire de prétendre retransmettre ce savoir faire à des fins économiques (encore que dans certaines régions, des petites unités économiques reprennent du service pour les barbecues), il est intéressant d’aborder ce projet sous l’angle du patrimoine.

Il est donc proposé dans un premier temps, dans le cadre du projet global de Mémoires Vivantes « Les sentiers de la mémoire et du patrimoine » de reconstituer un site consacré à ce savoir faire. Pour cela, il est fait appel, d’une part aux sources documentaires, d’autre part au souvenir des anciens.

Mais préalablement, Mémoires Vivantes doit s’interroger sur l’opportunité de redéfinir le projet de «Maison de la Mémoire et des savoirs faire » qu’elle a fait inscrire au contrat de pays, en prenant en compte plusieurs paramètres :

• l’intercommunalité, structure juridique nécessaire pour porter un projet aussi ambitieux, n’est pas actuellement en capacité d’en assurer la maîtrise d’ouvrage.

• le contrat de pays va prochainement arriver à échéance et nous risquons de perdre le bénéfice des crédits du contrat de plan.

• Le canton de Quarré les Tombes n’est pas homogène puisqu’une commune – Saint Brancher - n’est toujours pas dans le Parc du Morvan, ce qui pose un problème certain pour les financements transitant par le Parc, cette Maison de la Mémoires et des savoirs faire étant prévue intégrer l’écomusée du Morvan et ses maisons thématiques.

• L’office du tourisme de Quarré les Tombes – autrement dit « la maison du Grand Puits » - tombant à l’eau, c’est le cas de le dire, pour un certain temps, il y là un espace à saisir pour repositionner notre projet de « Maison de la mémoire et des savoirs faire », d’autant plus que dans notre projet initial, nous proposions d’y installer à la fois le siège de notre association et l’office de tourisme.

Dès lors, à partir de notre expérience déjà acquise et des perspectives d’organisation de notre projet « Sentiers du patrimoine et de la mémoire », la « Maison de la mémoire et des savoirs faire » ne pourrait être qu’un lieu d’accueil et administratif, puisque la mémoire et les savoirs faire seront répartis sur l’ensemble du territoire cantonal.

La configuration et le choix du site

La route départementale 33, l’axe routier le plus fréquenté par les touristes, doit être regardée comme l’axe structurant de notre projet. Cet itinéraire permet d’orienter ensuite les touristes, à partir de carrefours ciblés, sur des diverticules irriguant les communes du canton pour la valorisation du patrimoine local communal (les lieux de mémoire et de savoirs faire). C’est l’axe à aménager prioritairement, en tenant compte encore une fois des difficultés liées au fait qu’une partie de cet axe n’est pas dans le Parc. Le programme européen Leader +, en couvrant le pays avallonnais, permet de contourner cet obstacle mais Leader s’achemine vers son terme.

Nous avons déjà posé sur cet axe le premier maillon de notre projet « Sentier de la mémoire et du patrimoine » avec le chantier « pléchie et entrée de champ ». Nous avons déjà pris la décision en conseil d’administration de reconstruire le four à chaux , également site de mémoire et de savoir faire. Nous pouvons être en capacité de réaliser, avant le four à chaux, un site consacré au charbonnage du bois. Ce site pourrait être implanté au bord de la D 33, au lieu-dit « les Fouérées ». Dans le prolongement, nous pourrions également procéder à la reconstitution de l’ancienne cabane de cantonnier « du Bossu » qui se trouvait à l’intersection des deux routes départementales.

Si la « Maison de la mémoire et des savoirs faire » pouvait s’installer en tête de réseau, c'est-à-dire à Villiers Nonains, où des opportunités pourraient s’ouvrir avec un peu de bonne volonté, ce serait parfait.

S’agissant du projet « Charbonnage du bois », dans l’immédiat, nous pouvons nous limiter à :

• l’installation de deux meules (une pour l’exposition permanente, une pour l’animation estivale, ceci dans l’objectif de mettre en place une saison culturelle et touristique consacrée à la mémoire et les savoirs faire, avec la participation des guides de pays).

• l’installation de la cabane du charbonnier

• l’aire à fagots.

• un pôle pédagogique (panneaux).

Nous pouvons y ajouter également la taille de l’écorce pour le tannage des cuirs qui se faisait jadis dans le canton et dont nous venons de recevoir le témoignage de mémoire.

Nous devons prévoir l’évolution de ce site vers une maison thématique consacrée à la forêt : les métiers de la forêt, exposition des outils, essences, faune, etc.. Mais cette évolution ferait nécessairement appel à des investissements plus importants (travaux de viabilité), dès lors que ce site intégrerait par sa thématique l’écomusée du Morvan.

Les partenaires et les promoteurs du projet

Mémoires Vivantes pourrait s’engager sur la base du bénévolat comme nous l’avons fait pour les pléchies sur :

• la réalisation des meules et de la cabane du charbonnier,

• la démonstration qui pourrait être un temps fort de convivialité.

L’investissement financier n’est pas exhorbitant, sauf si nous faisons évoluer le site vers une maison thématique consacrée à la forêt (viabilisation nécessaire). Nous devrons avoir comme partenaires privilégiés : le Parc Régional, le Centre Régional de la Proprièté forestière, le propriétaire lui-même (la caisse de retraite des vétérinaires) sans qui nous ne pourrions rien faire (emprise privée, d’où nécessité d’une convention).

Le volet culturel et technique

Le métier de charbonnier

Autrefois, les charbonniers, appelés faudeux dans certaines régions, étaient réunis au sein d’une confrérie, la Charbonnerie, très liée à la franc maçonnerie. Les rituels des charbonniers et des francs maçons sont apparentés : Feu, Grand Feu et Feu Parfait rythment les banquets maçonniques : ce sont exactement les trois phases de carbonisation des meules de charbonniers. De même, la hutte du charbonnier était appelée la loge !

La fameuse visite de François 1er à un charbonnier, alors qu’il s’était perdu en forêt de Fontainebleau, a donné lieu à l’expression : « Charbonnier est maître chez soi ! ».

Le charbonnier a connu une grande prospérité grâce au gazogène, aux ferblantiers, aux maréchaux, aux pharmaciens qui utilisent les propriétés filtrantes et chimiques du charbon de bois.

Il est habillé de vieux vêtements, coiffé d’un chapeau déformé par le temps et chaussé de sabots. Bien entendu, son visage est noirci par la poussière du charbon.

La hutte du charbonnier

Elle est faite de branches, de branchages, de mousses, de fougère et est couverte de gadoue. Son bâti a évolué avec le temps : on l’a recouverte de papier goudronné, de tôle. Elle devient une baraque en planches à toiture de tôles ondulées

Les outils.

La pioche et la pelle servent à aplanir l’aire de travail. Un charbonnier faisait toujours ses meules au même en droit d’une année sur l’autre.

Le râteau racleur composé d’une planche fixée perpendiculairement au manche permet d’enlever la terre.

La brouette, longue de 1,80 m, large de 0,75 m, permet de transporter environ ¼ de stère de bûches d’1 mètre, soit environ 100 kg. Les deux pieds sont équipés de supports métalliques pour les protéger contre l’usure due au freinage. Elle est très robuste mais elle exige du rolleux (celui qui transporte la charbonnette) beaucoup de force et d’adresse. Le rolleux soutient son outil avec une lanière de cuire attachée aux brancards de la brouette. On peut en voir un spécimen chez Jacky Walle à Auxon.

Le râteau à longues dents en bois permet de peigner la meule après la cuisson, avant de tirer le charbon.

Le crochet en fer permet de retirer le charbon de bois.

Le râteau en métal permet de l’étaler.

Le panier en osier – la respe - permet d’ensacher le charbon.

L’échelle pour surveiller la meule.

Le seau en tôle pour verser la braise dans la cheminée.

La corbeille tressée en châtaignier ou en noisetier, de forme oblique, pour transporter la terre.

L’aire à faude.

L’aire prévue pour la meule doit être horizontale, circulaire et d’un diamètre de 4 à 6 mètres. Il ne faut jamais construire une meule au soleil, pour éviter le risque de dessèchement rapide de la couverture, ce qui favorise le risque de fuite et d’incendie. Il faut creuser jusqu’à 20 cm et enlever la terre qui servira à recouvrir la meule.

La meule.

La meule, appelée également fouée, est réalisée avec des charbonnettes, exclusivement des branches de chêne, de charme, d’acacia, de châtaigner. Le bouleau et le sapin sont à éviter en raison de leur faible rendement calorifique. On ne mélange pas plusieurs essences dans une même meule.

Lorsque l’aire de travail est aplanie, le charbonnier étale une couche de copeaux. Il plante un poteau en bois (15 cm de diamètre et 2,50 m de hauteur) appelé le mât. Autour du mât, on édifie une cage triangulaire en croisant des morceaux de bois bien droit d’environ 50 cm. On peut également réaliser cette cage en plantant trois poteaux reliés entre eux par des liens en noisetiers.

Au pied du mât, on place un petit tas de bois bien sec facile à allumer.

On bâtit alors la meule autour, en réservant les bûches les plus fines et droites pour la finition, et naturellement les plus grosses au centre. Elle est constituée de plusieurs couches (généralement 3) de bûches d’un même bois, dressées presque debout. Pour un diamètre de 4m, il faut 25 stères de bois et 28 pour un diamètre de 6 m. La troisième couche est très inclinée et donne à la meule un aspect hémisphérique. Une meule peut aller jusqu’à 15 mètres de diamètre (27 à 30 tonnes de bois) pour une durée de combustion de 5 à 8 jours ! Une meule de 2,70 m de haut nécessite 40 stères de bois ! Une meule peut avoir jusqu’à 3 étages.

On prend soin d’installer une galerie conduisant au centre de la meule, appelée évent servant au tirage. La seconde couche se nomme l’éclisse.

On dispose une dernière couche de finition avec les bûches réservées et on comble les trous avec des morceaux de bois pour que la meule soit bien hermétique. Le coffrage de la cheminée peut alors être enlevé. On recouvre la meule de terre (2 à 3 cm), d’herbe et de mousse, pour empêcher toute prise d’air. Le haut de la meule, qu’on appelle le couvercle, est chargé de terre argileuse (terre à briques).

La fabrication du charbon de bois : la combustion ou calcination.

On allume les premières charbonnières en septembre pour le bois coupé en juillet et août et les dernières charbonnières généralement pour la Saint-Jean.

La mise à feu se fait aux premières lueurs de l’aube. Le charbonnier verse dans le trou quelques pelletées de braise. La combustion peut alors commencer et se mènera lentement. Au début de la combustion, on assiste à la « suée », ou sortie de l’humidité.

Lorsque la fumée s’élève, le charbonnier colmate l’orifice de la cheminée avec un capuchon en tôle qu’il recouvre de terre (il existe des chapeaux spéciaux : il en reste un chez Michel Gadon à Villiers Nonains).

Avec sa pelle à pic, il perce une dizaine de trous à la base de la meule pour lui permettre de contrôler la cuisson en l’activant ou en la ralentissant.

Si la meule cuit trop vite, elle donnera peu de charbon. Pour que le feu soit bien réparti dans la meule, il faut recharger la cheminée trois heures après l’allumage, puis encore trois heures après, et ensuite de six heures en six heures jusqu’à l’allumage complet qui se caractérise par le dégagement d’une fumée blanchâtre qui enveloppe la meule entièrement.

Pendant la cuisson, la fumée doit être blanche. Après une journée de cuisson, le charbonnier monte sur sa meule avec son échelle pour la piétiner. Il détecte ainsi les zones cuites, les zones restées en bois et il tasse la couverture. Il déplace le feu en ouvrant de nouveaux trous de pied et en bouchant les autres. Avec une longue perche, il fait tomber les tisons au fond et regarnit la cheminée avec la corbeille de terre. Si une zone est en avance, elle risque de prendre feu et de créer une cavité embrasée. On appelle cette cavité une chapelle : elle présente un danger pour le charbonnier imprudent qui, s’il n’utilise pas son échelle, risque de tomber dans le cratère incandescent.

Après deux jours de cuisson, le charbonnier forme la tête du fourneau en dessinant un col autour de la cheminée. Ceci oblige le charbon à s’affaisser régulièrement et les restant du bois à prendre la même inclinaison.

L’opération peut durer plusieurs jours et nuits. Mais généralement au bout de deux jours, la meule est cuite. La fumée est alors transparente et elle indique que la combustion est terminée. La forme de la meule se réduit. S’il subsiste des bosses, c’est la preuve qu’une partie du bois n’est pas cuite. Il faut alors percer des trous à la base de la meule, du côté de l’anomalie.

L’extraction du charbon.

Avec son échelle et muni de son râteau à longues dents, le charbonnier bat et peigne la surface de la meule en commençant par le sommet. La terre comble les moindres interstices et étouffe le feu. Il tire le maximum de terre au pied et met la meule à nu. La meule ne doit pas refroidir trop vite (un à deux jours)

Il trie rapidement cette terre en enlevant les morceaux de gazon restants puis de nouveau recouvre la meule de façon uniforme. Il entame la meule par le nord pour tirer un quartier.

L’ouverture du fourneau et la sortie du charbon incandescent nécessitent environ 2 heures de travail.

Le charbon sorti est roulé dans la terre fine pour étouffer les derniers points de combustion (avec de la terre ou de l’eau). Il va tirer progressivement avec son crochet tout le charbon qui doit sonner pour être de bonne qualité. Le charbon doit être d’une belle couleur bleu acier. Il l’étale avec son râteau. Il doit veiller à ce que le feu ne se rallume pas.

Quand le charbon est tiré et bien froid, on le trie et on le met en sac (généralement en jute grossière, contenant 50 kgs de charbon), appelé une voie. Pour la mise en sac, on dresse trois piquets en croisettes servant de potence. Le sac suspendu est maintenu ouvert par un cercle de noisetier. Le remplissage s’effectue par le panier en osier. Le sac est rempli jusqu’à la gueule et terminé par deux couches de charbon longs et croisés qui lui donnent une forme cylindrique jusqu’au dessus.

Les arcias et piétons, appelés aussi fumeroles (imbrûlés ou insuffisamment cuits) sont mis de côté pour la mise à feu de la prochaine meule. Les brases (parties trop cuites) sont rejetées.
Le rendement, pour une meule de 40 stères de bois est de 4 tonnes de charbon.

Les fagots.

Le « menu-bois » ou « menuise » (les ramures) était récupéré et liassé en fagots appelés « margotins », du nom de l’île Margault à Clamecy (les margotins étaient envoyés à Paris), ou « cotrets » faits de bois plus gros et plus longs que les margotins. On distinguait les cotrets de bois taillé et les cotrets de bois rond.

La légende et la tradition.

A 23 h et à 3 heures du matin, le charbonnier se méfie du loup qui vient rendre visite en faisant un trou dans la meule pour la faire brûler. C’est en effet à ces heures que l’oxygène afflue et active la cuisson.
La tradition folklorique veut que les charbonniers, revêtus de leur habit bleu de travail et du foulard rouge, soient mis en scène en dansant la danse du balai autour de la meule.

Pour en savoir plus.

Eco-Musée de Azannes-en-Meuse.
Encyclopédie Diderot (édition 1755).
Le charbon de bois, collection Flash Baque.





 

 

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