Pierre SANSOY
Robert BAILLY ne l’évoque
pas dans son ouvrage, mais Pierre SANSOY
a été vers les années
1920/1925 instituteur à Villiers-Nonains.
Il nous reste d’ailleurs plusieurs
photos de cette époque où il
figure au milieu de ses élèves.
« L’instituteur Pierre
Sansoy, comme Froissart et Durand,
faisait partie du bureau du parti communiste
de la région. C’était
un peu mon maître. J’avais
en effet occupé provisoirement
un poste à Saint-Sauveur où il
exerçait et il m’avait
beaucoup impressionné. Georgette,
sa femme, avait la maternelle. J’y
trouvais Maurice Carroué, l’ouvrier
bûcheron au parler poyaudin,
mais déjà militant syndical
de classe. Pierre avec ses cheveux
courts, ses traits réguliers,
mais accusés, avait une allure
prolétarienne ou celle d’un
commissaire politique aux armées.
Il n’était pas orateur,
cherchant trop ses mots. Mais ce qu’il
disait était réfléchi,
raisonné et toujours logique.
Excellent maître, c’était
aussi un musicien, violoniste surtout,
et j’assistais à des concerts
qu’il organisait avec des amis.
Sa femme, petite nature, souriante,
aux cheveux flous, était d’une
gentillesse exquise. Quels braves gens,
si fraternels, si affectueux. Rien
que pour eux on serait devenu communiste ! »
Pierre Sansoy se débattait
comme il pouvait au syndicat des instituteurs à peu
près seul contre tous. Devant
un auditoire décidé à tous
les compromis pour sauver la paix,
il tentait vainement de développer
l’idée de se montrer ferme
devant l’expansion nationale
socialiste.
Après la Tchécoslovaquie,
Hitler avait la Pologne dans son collimateur.
Il réclamait le couloir de Dantzig.
Or nos collègues du syndicat étaient
en majorité favorables à Marcel
Déat qui, dans le journal l’Oeuvre écrivait
qu’il était inutile de « mourir
pour Dantzig ».
Georges Varenne le secondait parfois,
trop rarement, et Pierre le lui reprochait.
Modestie ? Retenue vis à vis
de son camarade pour qui il avait une
grande considération. Toujours
est-il que lorsqu’il parlait
incontestablement ça portait.
Avec Pierre, nos collègues étaient
habitués et savaient à quoi
s’en tenir…
René Roulot, René Froissart,
Pierre Sansoy, Georges Varenne, tous
devaient disparaître dans la
grande tourmente.
Pierre Sansoy le premier, lors de
l’arrivée des allemands
aux abords d’Auxerre à Montallery.
Le petit groupe de Pierre était
parti de Vergigny le 15 juin 1940.
Il devait rejoindre le Cie du 878e
venant de Varenne. Celle-ci était
déjà installée
dans les maisons de Montallery lorsque
le détachement de Pierre y arriva.
Il évita les maisons et
disposa ses hommes à flanc de
coteau. Les soldats commencèrent à manger
leurs provisions personnelles. Quelques
soldats apparurent. Pierre à l’abri
d’une haie aurait voulu, paraît-il,
protéger le repli des soldats
vers le bois avec sa mitraillette.
Attaqué par un tank qui surgit
brusquement au dernier moment, il aurait
lui-même sauté dans le
bois alors que ses hommes étaient
encerclés. Les traces du tank étaient
marquées près de son
camarade tué à quelques
mètres de lui. Il fut trouvé seulement
le 18 juin avec son revolver à la
main.
Son capitaine, naturellement chargé de
surveiller Pierre qui arrivait au régiment
révoqué de la veille,
a écrit ces phrases :
« Sansoy a été brave
et je désire qu’on le
sache. Devant l’ennemi il n’y
a qu’une consigne, celle de défendre
son pays. Il l’a appliquée
en faisant son devoir jusqu’à la
mort ».
Il a d’ailleurs demandé lui-même
la Croix de la Légion d’Honneur
et La Croix de Guerre qui lui furent
attribuées à titre posthume.
Nous apprîmes la mauvaise nouvelle
par un entrefilet de " L’informateur
Auxerrois ", petite publication
auxerroise qui parut au début
de l’occupation. Notre peine
fut immense. Quelle malchance !
Quelle perte ! Et comme tu nous
as manqué, Pierre ! »
Georgette Sansoy poursuivit des activités
de résistance après la
mort de son mari.
Source : Occupation
hitlérienne
et résistance dans l’Yonne
(Robert BAILLY)
|